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Europe > France > Saïd Assadi // Saïd Assadi
Interview écrite du producteur Saïd AssadiD’où est partie l’idée de fonder Accords Croisés ? Ma société Accords Croisés est née en 1997 ; c’était alors un bureau de concert. L’idée est venue lorsque je travaillais avec des artistes iraniens. J’ai invité des artistes de différentes cultures et observé, par rapport à un public à 90 % iranien, les conséquences que ça provoquait en terme d’ouverture d’esprit. Ça m’a donc fait prendre conscience de l’importance de découvrir la culture de l’autre. J’ai commencé à travailler tout de suite avec des voix : Miriam Makeba, Luzmila Carpio, Abida Parveen… Je me suis rendu compte que sortir un disque était indispensable pour les artistes. J’ai vraiment lancé le label à partir de 2003 et depuis nous avons produit vingt-cinq disques. Sur le plan esthétique et commercial, c’est fondamental de faire du disque un beau produit ! Quand on parle des cultures d’ailleurs, on veut toujours aller plus loin. C’est à nous, producteurs, de donner des clés au travers de textes bien documentés, parfois aussi avec des moyens vidéo. Pensez-vous, comme beaucoup, que nous assistons à la fin du disque ? Je ne suis pas d’accord avec ceux qui disent que le disque est mort. Je pense que le disque est indispensable. Les ventes de mon label n’ont pas baissé depuis 2003. Notre public, nous le rencontrons à chaque spectacle, où nous vendons directement nos disques. S’il y a un problème aujourd’hui pour nous, les acteurs des musiques du monde, ce sont les points de distribution plutôt que la consommation ou le consommateur. Quelles seraient selon vous les alternatives ? Je me pose sérieusement la question de l’Internet, l’accès facile, l’iPod, l’échange de fi chiers, etc. Mais peut-on imaginer des étudiants en train d’échanger des centaines de titres de raga indien, de musique soufi égyptienne ou de chant de qawwali… Moi, ça m’étonnerait. Je ne suis pas tellement d’accord pour mettre en vente en téléchargement titre par titre, car ce n’est pas cohérent avec notre démarche. Il nous faut proposer le téléchargement d’un album entier. Et Internet ne doit pas être considéré comme un ennemi. Quelle est la position d’Accords Croisés en tant que producteur spécialisé ? Une différence fondamentale à prendre en compte, c’est d’abord que la musique que nous produisons par rapport aux musiques grand public, c’est un peu comme un restaurant traditionnel par rapport aux fast-foods. Les personnes qui veulent écouter des musiques du monde se mettent en condition. Ce n’est pas une musique qu’on écoute sur un iPod ou par des moyens compressés. Pour nous, depuis le début, le disque est un moyen de communication avec les programmateurs, le public, les médias. Nos références sont vendues chacune aux alentours de 5 000 exemplaires. Pour nous comme pour les artistes, 5 000 exemplaires, ce n’est pas une source de revenus suffi sante. Notre démarche est donc complètement différente de celle des majors du disque. Philippe Krümm // LIRE AUSSI
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